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Faire le vide pour mieux accueillir : l'art de passer d'une rencontre à l'autre

  • il y a 4 heures
  • 5 min de lecture


Dans nos journées surchargées, passer d'une rencontre à l'autre sans transition est devenu la norme. Pourtant cette précipitation peut parfois nous entraîner dans des impasses. Comment rester pleinement présent à celui qui arrive quand l'entretien précédent nous habite encore ? À travers un échange avec Antoine, coach Talenthéo, explorons des pistes concrètes pour retrouver une véritable disponibilité intérieure.


Pourquoi est-il si difficile de « quitter » une rencontre ?

Nous ne sommes pas des machines. Parfois, un sujet nous touche plus qu’un autre, créant ce que les spécialistes appellent un « transfert » : ce que la personne dépose touche quelque chose de vécu précédemment chez son interlocuteur, déclenchant une réaction émotionnelle qui le submerge et peut l’assourdir pendant quelques heures.

D'autres facteurs polluent notre présence :

  • La fatigue : parfois nous sommes simplement fatigués, nous ne prenons pas le temps d’une respiration. Prendre un temps pour se reconnecter à son corps soit en prenant un temps de balayage corporel ou de marche permet d’apaiser le mental. 

  • La hiérarchisation des sujets : il existe parfois une hiérarchie implicite, voire inconsciente, entre les personnes que nous rencontrons. Nous pouvons être tentés de penser qu'un appel de l'évêque est plus important qu'un entretien avec un bénévole ou qu'une situation mérite davantage notre attention qu'une autre. Cette hiérarchisation intérieure risque alors de nous empêcher d'être pleinement présents à la personne qui est devant nous.


La technique du balayage corporel

Asseyez-vous confortablement, le dos droit et les mains posées sur les genoux. Fermez les yeux et portez votre attention sur votre respiration, lente et régulière. Puis, parcourez mentalement les différentes parties de votre corps en cherchant à les ressentir pleinement : les pieds, les mollets, les genoux, les cuisses, le bassin, le dos, le ventre, la poitrine, les épaules, la nuque, les bras, les mains, puis remontez progressivement jusqu'au sommet du crâne.


« Cette méthode permet de prendre de la distance avec ce qui vient de se passer et de le replacer dans une mémoire plus lointaine. En revenant à notre corps, nous nous rappelons simplement que nous sommes des êtres incarnés », explique Antoine. Quelques minutes suffisent souvent pour apaiser le mental, retrouver un ancrage dans le présent et aborder la rencontre suivante avec davantage de disponibilité intérieure.


En clarifiant dès le départ la posture que l'on est appelé à tenir, on évite de se retrouver pris dans des dynamiques relationnelles qui ne relèvent pas de notre responsabilité.

Des rituels pour retrouver sa disponibilité intérieure

Heureusement, cette disponibilité intérieure peut se travailler. Sans prétendre tout maîtriser, certains rituels simples permettent de mieux refermer une rencontre avant d'en ouvrir une autre et d’éviter de rester en « boucle ouverte », cet état de stress où l'esprit ne sait pas quoi faire des dossiers en suspens.


  1. Gestion du temps : se préparer mentalement la veille ou le matin en identifiant les réunions ou entretiens potentiellement difficiles, alterner des jours chargés et des jours plus légers, se libérer du temps entre deux rendez-vous dans son agenda, sont autant d’outils à mettre en pratique pour éviter l’épuisement et la surcharge. "Le fait d’arriver en avance à une réunion permet de laisser un sas de décompression et de régler les deux ou trois éléments nécessaires, pour ne pas être pollué par cela avec la personne suivante."

  2. Cadrer pour libérer : formuler clairement la durée de l’entretien évite que celui-ci ne déborde.

  3. Rédiger une conclusion formelle dans la foulée de l’entretien où l'on note ce qui est acté et ce qui reste à faire permet de « décharger le mental » : le sujet n'est pas forcément clos mais pour aujourd'hui, il est achevé.

  4. Clarifier son rôle pour ne pas s'encombrer inutilement : il est souvent difficile de quitter une réunion intérieurement lorsque l'on s'est laissé entraîner hors de sa juste place. En clarifiant dès le départ la posture que l'on est appelé à tenir, on évite de se retrouver pris dans des dynamiques relationnelles qui ne relèvent pas de notre responsabilité. Face à une personne qui apporte un problème ou critique un tiers, il peut être utile de lui demander simplement si elle en a directement parlé à l'intéressé. Cette question l'invite à reprendre sa part de responsabilité et permet de ne pas porter une charge qui ne nous appartient pas.

    « Pour éviter toute confusion des rôles, il peut parfois être bon de rappeler que la personne vient voir un prêtre ou un religieux, et non un psychologue », souligne Antoine. La clarté du cadre et des rôles constitue ainsi une clé essentielle pour demeurer disponible, serein et pleinement présent après une rencontre.

  5. La prière : la prière est également un puissant outil de transition. Dire en fin d'entretien « Seigneur, tu t’en occupes ! » permet de confier la personne et sa problématique à Dieu, en s'en déchargeant ainsi personnellement.


Le triangle dramatique

Développé par Stephen Karpman, le triangle dramatique décrit trois rôles dans lesquels nous pouvons être entraînés lors de situations relationnelles difficiles : la victime, le sauveur et le persécuteur. Lorsqu'une personne nous apporte un conflit ou une difficulté, nous sommes parfois tentés de devenir le sauveur en cherchant immédiatement une solution, ou le persécuteur en prenant parti contre un tiers absent. Ces postures nous éloignent de notre juste rôle et encombrent durablement notre esprit. Apprendre à renvoyer chacun à sa responsabilité, sans porter ce qui ne nous appartient pas, permet de sortir de ces dynamiques et de préserver sa disponibilité intérieure.


La qualité d'une rencontre dépend souvent moins de ce que nous allons dire que de l'espace intérieur que nous sommes capables d'offrir.

Déposer pour mieux accueillir

Faire le vide entre deux rendez-vous ne consiste pas à oublier les personnes rencontrées ni à minimiser les situations abordées. Il s'agit plutôt d'apprendre à les déposer à leur juste place pour retrouver une liberté intérieure. Cette capacité ne s'improvise pas : elle se cultive par des habitudes simples, des rituels de transition, une meilleure conscience de ses limites et une clarification de son rôle.


Pour les responsables d'Église, les prêtres, les religieux et tous ceux qui accompagnent des personnes, cet apprentissage est particulièrement précieux. Au fond, la qualité d'une rencontre dépend souvent moins de ce que nous allons dire que de l'espace intérieur que nous sommes capables d'offrir.


Entre deux rendez-vous, prendre quelques minutes pour déposer ce qui a été vécu n'est donc pas une perte de temps. C'est un investissement au service de relations plus vraies, d'un discernement plus juste et d'une mission vécue avec davantage de paix. Car être pleinement disponible à la personne qui se présente devant nous est peut-être l'une des plus belles façons de lui dire : « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Isaïe 43,4.


Et vous, quels rituels vous aident à rester pleinement présent aux personnes que vous rencontrez ? Si ces questions résonnent avec votre expérience, n'hésitez pas à nous contacter pour échanger sur votre situation ou découvrir nos accompagnements.



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